mercredi 24 février 2016

Ce mercredi soir une conférence du négationniste Irving a été empêchée à Anvers


[RésistanceS.be – Mercredi 24 février 2016]

INFO EXCLUSIVE AFF/VERZET & RESISTANCES.BE  Des membres de la rédaction du journal en ligne « Verzet », le partenaire en Flandre de RésistanceS.be, étaient présents, ce mercredi soir à une conférence confidentielle du négationniste d'extrême droite anglais   David Irving. Elle fut pour finir annulée. Mais, ce vendredi, il devrait être de retour à Knokke-Heist...



Organisée de manière totalement confidentielle (seuls ses partisans en Belgique y furent conviés), ce mercredi soir, à Anvers, David Irving (77 ans), personnalité d'extrême droite d'outre-Manche et auteur de nombreux livres historiques en faveur de l'Allemagne nazie et relativisant, révisant ou niant ses crimes commis durant la Deuxième Guerre mondiale, devait donné une conférence dans un hôtel de la ville de Bart De Wever.

Informés par un « vent favorable », des membres d'organisations juives anversoises se sont présentés dans la salle où devait se tenir la conférence du propagandiste négationniste anglais pro-nazi.

En apprenant la véritable identité politique de son client anglais, la direction de l'hôtel a directement décidé d'annuler sa conférence pour des raisons de sécurité. David Irving qui devait également logé, cette nuit, dans cette hôtel d'Anvers a été prié de le quitter manu militari.


Déjà à Bruxelles, vendredi à Knokke

Il y a quelques jours, le même Irving avait tenu une autre conférence confidentielle, devant ses fans, à Bruxelles. Dans notre capitale, il faut savoir qu'il bénéficie d'un réseau de soutien au sein même du Parlement européen, en particulier auprès d'un député d'extrême droite allemand. Ce réseau est notamment constitué du dirigeant-fondateur du mouvement « national-solidariste » belge NATION.

Ce vendredi, le même David Irving est au programme d'une autre conférence qui devrait avoir lieu à Knokke-Heist.

La présence de ce négationniste anglais sur le territoire belge confirme que notre pays reste l'une des principales plaques tournantes de la tendance la plus radicale de l'extrême droite européenne.

M.AZ / rédaction de RésistanceS.be






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mercredi 17 février 2016

Peines sévères et dissuasives contre les «six de NATION»



[RésistanceS.be – Mercredi 17 février 2016]



JUGEMENT RENDU – Depuis le mois de septembre dernier, le journal RésistanceS.be relate le procès de cinq militants et d'un dirigeant du mouvement d'extrême droite NATION pour le lynchage ultra violent d'un SDF. Ainsi que des coups et blessures commis contre des militaires et des policiers lors de leur arrestation. Ce mercredi matin, un jugement a été rendu. Il est lourd. Avec des peines de neuf mois à un an et demi de prison – COMPTE-RENDU D'AUDIENCE

Près de six mois après son ouverture, désormais le dossier judiciaire des « six de NATION » vient d'être jugé devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Avec clarté et détermination. Sans aucune hésitation. Renforcé d'arguments solides. S'arc-boutant sur des détails probants : les aveux des prévenus, la vidéo de l'agression du SDF belge d'origine polonaise (l'une des parties civiles de ce procès), les informations fournies par les témoins et les autres victimes (des militaires et des policiers) des violences commises le 1er juin dernier devant le Parlement européen de Bruxelles, par cinq activistes du mouvement d'extrême droite NATION (Lucas H., 20 ans, Gregory B., 24 ans, Geoffrey B., 25 ans, Andy VDH., 28 ans et Jonathan D., 32 ans au moment des faits) et un de ses dirigeants (Pascal C., 47 ans).

Leur lâche agression avait été précédée d'une opération de NATION visant à s'opposer, à sa manière, à une manifestation légale de migrants et de réfugiés devant ensuite rencontrer des parlementaires européens.

Le jugement rendu ce matin par le président du tribunal correctionnel est caractérisé par un démontage systématique de tous les arguments développés par la défense pour justifier cette agression qui fut, dans les faits, un véritable lynchage. Une ratonnade dans la plus pure tradition de celles perpétrées par l'organisation raciste américaine Ku Klux Klan, le sinistre KKK.



Peines de prison et importantes amendes

Le tribunal correctionnel a reconnu que les infractions relevaient d'un délit collectif avec pour motivation également la haine raciste. Outre condamnés pour coups et blessures, ils le sont aussi, à l'exception d'un seul inculpé (Lucas H.) pour infraction à la loi anti-discrimination, à la demande du Centre interfédéral pour l'égalité (une des autres parties civiles).

Pour la « gravité des faits », le tribunal a prononcé de lourdes peines, au pénal, pour Lucas H. (neuf mois de prison et 1.200 euros d'amendes), Jonathan D. (un an de prison, 1.200 euros d'amende), Gregory B. (un an de prison, 1.200 euros d'amende), Andy VDH. (un an et trois mois de prison, 2.000 euros d'amende), Geoffrey B. (un an et six mois de prison, 2.200 euros d'amende. Il avait déjà été condamné précédemment pour d'autres motifs par le tribunal de Dinant) et Pascal C. (également un an et six mois de prison, avec une amende de 2.200 euros).

Les peines de prison sont assorties chacune d'un sursis de cinq ans. Estimant que les condamnations devaient être « sévères et dissuasives », le président du tribunal correctionnel de Bruxelles ne leur a accordé aucune suspension du prononcé. Les condamnés de NATION devront encore verser respectivement 150 euros au service d'aide aux victimes et payer les frais judiciaires de ce procès.





NATION groggy et déconfit

Estimant qu'il ne s'agissait pas du procès de NATION, le juge a cependant reconnu que la violence commise le 1er juin 2015 contre le SDF belge, qualifié d'ennemi politique par ses agresseurs, avait un lien direct avec la contre-manifestation organisée le matin même par ce mouvement d'extrême droite. NATION est bel et bien, en partie, à la source de la violence politique de ses affiliés. L'agissement musclé de ses membres, aujourd'hui reconnus coupables et condamnés, constitue, selon la justice belge, des « troubles d’ordre social dangereux. »

Après le jugement rendu, véritablement groggy, les membres de la direction de NATION présents dans la salle du tribunal, Jean-Pierre Demol (le président officiel), Eddy Desmedt et Astrid Demeunier (ses chefs bruxellois), en sont ressortis déconfits. Passablement énervé par le verdict, à deux pas de la sortie du Palais de justice l'un de ces derniers s'en est pris au journaliste du quotidien Le Soir Marc Metdepenningen, auteur d'articles sur deux précédentes audiences de ce procès, sans doute n'ayant pas été du goût de ce mouvement d'extrême droite. L'agression fut claire et précise. Mais cette fois-ci, elle ne fut que verbale.


MANUEL ABRAMOWICZ
Membre de la rédaction de
RésistanceS.be






SUR CE PROCES DES « SIX DE NATION »

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mardi 16 février 2016

Comme ses « soldats politiques », le chef fondateur de NATION va aussi «au contact»


[RésistanceS.be – Mardi 16 février 2016]


















VIOLENCE URBAINE – Le journal RésistanceS.be l'a toujours affirmé, avec de nombreuses preuves à l'appui : la violence est endogène à l'extrême droite. Comme le démontre le « procès des six de NATION ». Ceux-ci avaient été « au contact » (sic) d'un SDF identifié comme « antifa ». Il fut tabassé à la manière des lynchages du sinistre KKK américain. Le dirigeant-fondateur de NATION est-il lui aussi un adepte du contact direct ? – DEMONSTRATION EN IMAGE.


Ce mercredi matin, dès 8 h 45, le tribunal correctionnel de Bruxelles doit rendre son jugement dans le procès de cinq militants et d'un dirigeant de NATION, un mouvement d'extrême droite de tendance « national-solidariste » fondé en 1999, entre autres, par des dissidents du Front national belge et du Front nouveau de Belgique.

Ces illustres représentants de NATION furent inculpés pour la ratonnade d'un SDF belge d'origine polonaise, ainsi que pour d'autres coups et blessures sur des militaires en faction à l'entrée du Parlement européen de Bruxelles devant lequel ce passage à tabac fut commis, et sur des policiers durant une arrestation rocambolesque. Ce « fait divers » s'est déroulé le 1er juin dernier, après une tentative militante organisée par NATION, en collaboration avec deux groupes identitaires flamands, pour empêcher une manifestation légale de demandeurs d'asile dans le quartier européen de Bruxelles.

La principale victime de ce commando paramilitaire de NATION avait alors été identifiée comme un militant antifasciste par ses agresseurs, comme l'enquête judiciaire le démontrera.


« Au contact » à six contre un !

Dans ses aveux, après son arrestation, Pascal C, l'un des auteurs de ce lynchage, ex-secrétaire général de NATION mais toujours membre de son comité exécutif, affirma que, se sentant menacé par ce SDF à l'allure de gauchiste, il était parti avec ses camarades « au contact ». A six contre une seule personne.

Les membres de ce véritable gang urbain ultra-violent se sont alors lancés à l'assaut de leur proie, en mettant au préalable leurs gants de combat et chaussés de leurs bottines militaires. Pour le passer - de la tête aux pieds - à tabac. Soyons précis : « Pour lui donner une leçon » après avoir été « au contact », comme le rappela la Procureure du roi, lors de l'audience du 15 décembre dernier.

Le terme « aller au contact » est utilisé dans les modes opératoires militaires ou par les voyous adeptes de la bagarre de rue. Il signifie aller en direction d'un ennemi pour riposter et lui infliger des coups afin de le neutraliser. Dans des manifestations ou durant des actions commandos, comme actuellement à Calais contre des migrants, des nervis d'extrême droite vont régulièrement « au contact ». Ce savoir-faire est une de leur spécialité. Les « six de NATION » le firent, en juin dernier, avec les résultats que l'on sait.

Mais combien d'autres violences sont restées impunies pour la simple et bonne raison qu'aucun témoin ne fut présent ? Pour rapporter les faits et aider les victimes à déposer plainte ? Comme cette personne d'origine étrangère qui reçut, gratuitement, un coup de poing au milieu de la foule de la rue Neuve à Bruxelles, il y a plusieurs années. Son crime ? Avoir croisé par hasard le chemin d'un futur dirigeant de NATION, accompagné d'une jeune nouvelle recrue. 


Opération commando paramilitaire


Les militants de NATION responsables de l'agression du 1er juin 2015 ne sont donc évidemment pas les seuls à avoir été « au contact » dans l'histoire de NATION et de son ancêtre, le groupe néonazi L'Assaut.


Un certain Hervé Van Laethem est lui aussi souvent aller « au contact ». Qui est-il ? Il s'agit du dirigeant-fondateur en personne de NATION. Auparavant, très jeune militant de la mouvance néonazie active au début des années quatre-vingts en Belgique, il avait rapidement accédé à la direction de groupes nationalistes purs et durs et nostalgiques tant d'Adolf Hitler que de son fils spirituel belge, Léon Degrelle : EPE, Mouvement européen, VMO-Bruxelles et groupe L'Assaut


A la fin des années quatre-vingts, Hervé Van Laethem figure sur une photo, parue dans un hebdomadaire flamand, prise lors d'une opération commando du VMO contre le concert d'une artiste africaine ayant eu lieu à l'occasion de la Fête flamande du 11 juillet, sur la Grand-Place de Bruxelles. Cette photographie montre ce « soldat politique » (vocable interne pour désigner les militants d'extrême droite) aller « au contact » d'un spectateur d'origine africaine. S'agit-il désormais d'une erreur de jeunesse ? D'un vieux cliché jauni par le temps ?



Que nenni ! Quatre ans après, dans le grand hall de la gare de Liège, un commando paramilitaire néonazi venant de Bruxelles partira, avec une extrême violence, « au contact » de militants de gauche s’apprêtant à prendre le train pour participer, dans la capitale, à une grande manifestation nationale contre le racisme qui doit avoir lieu quelques heures plus tard. Les membres du commando - en tenue militaire, cagoulés, armés de matraques et de bombes lacrymogènes - sont des activistes du groupe L'Assaut. Le chef de l'opération est Hervé Van Laethem, alors toujours sous-officier actif de l'Armée belge. Ils sont tous arrêtés de façon musclée. Conduits à la prison de Lantin, ils y passeront plusieurs semaines derrière les barreaux. Ces faits graves les conduiront devant le tribunal correctionnel. Ils seront sévèrement condamnés par notre justice. Affaire close ? Pratique abandonnée ? Incitation à la violence rangée au placard ?




« Un bon coup de poing dans sa sale gueule »


Tout récemment, le 8 janvier dernier, sur son mur Facebook le même Van Laethem a mis en ligne une nouvelle photo de lui. Prise lors d'un défilé d'extrême droite, il figure sur celle-ci en pleine confrontation avec un opposant.

Cette photo va susciter des commentaires très précis de ses amis facebookiens (et politiques pour la majorité). Le même jour, à 12 h 07 précisément, Thomas Joly, un skinhead ayant endossé le costume cravate pour obtenir le titre de secrétaire général du Parti de la France, une dissidence du FN lépeniste, écrit à propos de la photo de son camarade belge : « Au contact ». Comme par hasard ?

Un autre, dénommé « Vintos Mixalis Michel », complète vingt minutes plus tard par : « Mets lui en une Hervé ... ». « Flanque-lui une pêche Hervé ... » écrira, le même jour, un autre pote du chef de NATION. Tout comme Laurent Heyne qui postera : « une bonne dans ça tronche... ». Plus tard dans la soirée, un individu agissant sous le pseudonyme de « Longue Route » proposa à « Hervé » de donner la prochaine fois « un bon coup de poing dans la sale gueule du bougne » (NDLR : du « bougnoule »), accompagné d'un des slogans habituels de l'extrême droite : « retour au pays ! ».

Dans ce fil de discussion est aussi apparue une certaine Nadine Lemmens, une vieille connaissance de RésistanceS.be. Ancienne membre du Parti des forces nouvelles (PFN), elle fut liée au Westland national socialistische ordnung (WNSO), mieux connu sous le nom de Westland new post (WNP), une organisation néonazie clandestine impliquée dans les « années de plomb » belges. Cette activiste bruxelloise est aussi passée par le FN belge de Daniel Féret, puis au Front nouveau de Belgique, tout comme Van Laethem. Après son élection en 1994 à Bruxelles-ville comme conseillère communale frontiste, Lemmens avait prêté serment en faisant le salut nazi.


Grâce à Facebook, revoilà « R .V. » et Nadine Lemmens à nouveau en contact ! Iront-ils à la prochaine action militante, ensemble, « au contact » de leurs ennemis multiples ? A suivre.



ANNE-LAURE DE RYCK
Membre de la rédaction de
RésistanceS.be












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vendredi 12 février 2016

« La Droite » vraiment sans le FN belge ?





[RésistanceS.be – Vendredi 12 février 2016 – Rectificatif : Mardi 17 février 2016. Mis en gras dans le texte]


INFO EXCLUSIVE RESISTANCES.BE - Pour « La Droite », officiellement les ex-FN sont persona non grata. Vraiment ? RésistanceS.be a reçu un document prouvant un lien direct de cette dissidence du Parti populaire (PP) avec un ex-député régional du Front national belge, toujours membre de son asbl de fondation. La « droite populaire » est-elle réellement vaccinée contre la lepénisation?

Il y a deux jours, La Libre Belgique consacre deux pages à la dernière vidéo de propagande de Mischaël Modrikamen, le président-fondateur du Parti populaire (PP), diffusée sur Internet par son journal, Le Peuple. Elle est essentiellement centrée sur le « péril musulman ». Fondé en 2009, le PP est fondamentalement ancré à la « droite de la droite », mais n'est pas considéré - par la plupart des politologues - comme étant d'extrême droite. Pour avoir une analyse détaillée de cette vidéo, le quotidien a demandé à Jean Faniel, le directeur du Centre de recherche et d'informations socio-politique (CRISP), et à moi-même, comme coordinateur de RésistanceS.be (par ailleurs déjà co-auteur d'un courrier du CRISP sur l'extrême droite électorale en 1997), un avis.

Pour nous deux, il n'y a pas de doute : cette vidéo reprend les thématiques habituelles de la droite extrême : à sa façon, avec sa rhétorique et son vocabulaire classique. C'est pour cette raison que le Centre interfédéral pour l'égalité des chances a ouvert un dossier, en vue d'une plainte judiciaire éventuelle, à l'encontre de Modrikamen.



Droite populaire en fusion ?

Suite à ces informations, La Libre Belgique informe jeudi que le parti La Droite, fondé par des dissidents du PP et des transfuges du Mouvement réformateur (MR), a décidé de remettre en cause sa fusion possible avec la formation de Modrikamen. Depuis plusieurs mois, cette fusion était un scénario envisagé par ces deux micro-partis dont la survie aux prochaines élections n'est pas assurée.

Depuis sa création, il y a sept ans, le Parti populaire surfe sur des scores en-dessous de ses espérances, malgré en 2010 l'élection (pas directement, mais par apparentement) d'un premier député fédéral (l'incontrôlable Laurent Louis qui sera rapidement mis dehors du parti et rejoindra la « galaxie Dieudonné ») et d'un second, aux dernières élections législatives.

Pour sa part, La Droite, toujours à l'état de groupuscule, donc inefficace sur le terrain, obtient néanmoins des résultats encourageants, lors de divers sondages récents. L'explication : sans être connu, ce parti aimante vers lui, par son nom uniquement, des électeurs conservateurs déçus par le « laxisme » du MR et du CDH sur les questions de société. Les mêmes pensent peut-être également que le Parti populaire est une formation d'extrême gauche. A l'ère de la confusion généralisée des valeurs et des idées politiques, tout mouvement électoral peut-être produit de façon non-conformiste.

Dès lors, dans ce contexte politique et par pur calcul électoral, les état-majeurs du PP et de La Droite ont envisagé, dans un premier temps, une fusion. En mettant de côté les conflits et incompatibilité d'humeur entre ses leaders, Mischaël Modrikamen et Aldo-Michel Mungo. Ensemble, ils estiment pouvoir facilement se rapprocher d'un score à deux chiffres. A ce sujet, le président de La Droite, lucide et stratège, avait déclaré en décembre dans les colonnes de La Libre Belgique : « Nous sommes condamnés à nous réunir quand nous voyons les sondages. Notre potentiel avoisine les dix pour cent. Si nous réalisons ce score, nous représenterons un groupe politique et nous pourrons réclamer notre place autour de la table des négociations. Sans regroupement, l’un de nous deux pourrait réaliser six pour cent, mais ce n’est pas suffisant. ». Le big-boss du PP suggéra même ensuite un nom possible pour ce nouveau parti en devenir : la « Droite populaire ».



Garde la main pour mieux marchander

Cela était sans compter sur les remous suscités par la dernière vidéo de propagande du PP. Mungo désormais ne souhaite plus de fusion entre les deux entités populistes. Sans pour autant rejeter une nouvelle séparation. Le PP et La Droite pourraient en effet toujours se présenter aux prochaines échéances électorales, sans opérer une fusion, mais en proposant à sa place, un cartel. L'extrême droitisation de Modrikamen est l'excuse de se revirement. Officiellement. Il permet à Mungo d'avoir un nouvel avantage dans les négociations de rapprochement. Le marchandage devrait être des plus rudes, pour l'un comme pour l'autre. Partir en position de force est dès lors recherché à tout prix. En jouant sur le chantage « FN », La Droite garde ainsi la main pour imposer des conditions pour la constitution d'un cartel.

Le quotidien La Libre Belgique note : « La Droite avait récemment précisé qu’en cas de fusion entre les deux partis, les anciens membres du FN belge n’étaient évidemment pas les bienvenus et qu’il n’était pas question de tenir des discours d’extrême droite. On peut, dès lors, imaginer que les propos tenus par Mischaël Modrikamen sont de nature à rebuter le possible partenaire. » 

Les électeurs orphelins du Front national belge - qui n'a pas pu se présenter aux élections communales de 2012 sous son nom (à l'exception de deux communes wallonnes) et aux législatives de 2014 (suite aux procès du FN français enclenchés contre lui), constituent un cheptel électoral a récupérer. Dans un commentaire posté à la suite de la publication de l'article de La Libre Belgique ce 10 février, un lecteur, Pierre Manick, écrit à juste titre sur « lalibre.be »  : « Modrikamen c'est juste un type qui a compris que la politique ça peut rapporter très gros. Depuis les ennuis judiciaires du FN belge et de son mentor Daniel Féret, il y avait une place vide à l'extrême droite de l'échiquier politique belge : Modrikamen et son Parti "populiste" l'ont prise. »


C'est pour cela, qu'à plusieurs reprises, le président du PP est monté au front avec un discours lepéniste et en se laissant traiter, sur les plateaux télés de débats politiques, de « digne représentant du FN » en Belgique, notamment par le député fédéral MR Denis Ducarme. Permettant d'un seul coup de se faire identifier, sous cette « labélisation », comme l'héritier du FN par les derniers électeurs et sympathisants de ce parti à Bruxelles et en Wallonie (de plus en plus nombreux). Tout en affirmant avec détermination, comme le 13 août 2013 dans les colonnes du quotidien La Dernière Heure : « Nous ne sommes pas d'extrême droite ». L'être officiellement condamnerait le PP à se retrouver exclu du paysage médiatique par le cordon sanitaire. Le son de cloche est identique au sein de La Droite.

Pour Aldo-Michel Mungo, toute identification à l'extrême droite est considérée comme intolérable. Parce que dangereuse. L'homme impose un politiquement correct orthodoxe sur le profil que doit adopter La Droite. Aucun lien avec les frontistes n'est accepté. Dans ce sens, Mungo a affirmé, en décembre dernier, dans le journal La Libre : « Nous sommes à l’égard des anciens du Front national belge plus catégoriques que le PP. ». Ce « cordon sanitaire » imposé par le président de La Droite est-il vraiment d'application dans les faits ? Pour le savoir, RésistanceS.be a enquêté...


... du Bloc identitaire au FN belge

En décembre 2010, Aldo-Michel Mungo représentait en personne des « citoyens vigilants » engagés dans la résistance à « l'islamisation de l'Europe » lors d'un rassemblement à Paris. Une « grande messe anti-musulmane » co-organisée par le Bloc identitaire, un mouvement d'extrême droite pur et dur. La vidéo de l'intervention parisienne d'Aldo-Michel Mungo, à la tribune du Bloc identitaire et de ses potes, sera ensuite récupérée par le Front national belge qui le diffusera directement sur son site Internet de l'époque.

Dans son discours prononcé lors des 30 ans du FN belge, le samedi 14 novembre 2015 à Fleurus, Jean-Piere Borbouse, l'un de ses derniers dirigeants, a affirmé avoir été invité à une réunion de La Droite. Une information reprise dans le reportage du journal RésistanceS.be consacré à cet anniversaire des frontistes belges. Hors de lui, et exigeant que cette information soit retirée dans les vingt-quatre heures, Aldo-Michel Mungo nous avait menacé de poursuites judiciaires. 


> Jean-Pierre Borbouse et Daniel Féret, ex-député régional et président-fondateur
du Front national, lors de ses 30 ans, le 14 novembre dernier.



Information exclusive RésistanceS.be

Nous avons obtenu en exclusivité un document démontrant que Borbouse avait bel et bien été invité à un rendez-vous de La Droite. Il s'agit d'une invitation par e-mail de son bureau politique « à la réunion de rentrée » de la formation de Mungo. Cette réunion était programmée pour le 18 octobre 2015, dans une taverne de la commune de Jambes. Son ordre du jour : « Les différentes actions de l’année 2015-2016, les perspectives de croissance du parti, les propositions en vue de présenter des listes aux élections communales de 2018. L’objectif étant de présenter 100 listes dans 100 communes. » 

Selon le parti La Droite, il s'agissait d'un meeting public ouvert au grand public. Dès que le frontiste Jean-Pierre Borbouse fut identifié comme tel, ses organisations le mirent dehors.

Mais, Jean-Pierre Borbouse affirme, noir sur blanc, qu'il fut accueilli à cette réunion par son leader. Dans un courrier qu'il nous a communiqué, Borbouse écrit : « Je vous confirme que j'étais présent à cette réunion. Monsieur Aldo-Michel Mungo m'a présenté aux autres invités comme étant un ancien député du Front national. Au cours de cette réunion j'ai pris la parole afin de les informer que leurs estimations sur la possibilité d'avoir des élus lors des prochaines élections étaient faussées puisqu'elles ne tenaient pas compte du fait que le FN belge serait présent lors prochain scrutin et que dans ce cas La Droite serait incapable de franchir les seuils d'éligibilités. »

Qui dit la vérité ? Borbouse ou Mungo ? Le premier n'est pas un « simple citoyen » : il est une des célébrités bien identifiée du Front national. Il fut conseiller communal à Charleroi sous ses couleurs, député régional wallon, son imprimeur, le co-fondateur du Comité belge de soutien à Jean-Marie Le Pen pour la présidentielle de 2007 (avec d'autres chefs du FN : Pire, Sessler, Tonnelier...).

Résumons ce schmilblick : dans La Libre Belgique, Aldo-Michel Mungo dénonce officiellement la dérive lepéniste de son comparse, Mischaël Modrikamen. Mais aurait accueilli dans ses coulisses un premier dirigeant du Front national. Une contradiction qui devrait susciter des controverses internes dans la mouvance de ladite « droite populaire ». A suivre.

MANUEL ABRAMOWICZ
Membre de la rédaction de
RésistanceS.be



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