lundi 28 mars 2016

L'extrême droite au coeur des incidents à la Bourse ce dimanche



[RésistanceS.be – Lundi 28 mars 2016 – 10 h 33.
Réactualisation : Jeudi 31 mars 2016 – 12 h 36]

INFO EXCLUSIVE -  Ce dimanche, entre 400 et 500 supporters ultras de différents clubs de football du pays se sont rendus à la Bourse, dans le centre de Bruxelles, pour officiellement y rendre un hommage aux victimes des attentats du 22 mars. A leur manière : des coups ont été donnés, des insultes proférées, des slogans racistes hurlés et des affrontements avec la police ont ensuite eu lieu. Une nouveauté ? Des ex-têtes connues de la scène nazie-skin, dont le chanteur d'un groupe de RAC, s'y trouvaient - L'EXTRÊME DROITE Y ETAIT !

Suite aux violences de ce dimanche à la Bourse de Bruxelles, commises par des hooligans, Walfoot.be, un site d'information consacré à l'actualité footballistique précisait, hier soir, dans un article : « Ce n'était pas une manifestation d'extrême droite, il y avait des participants d'origine turque ou marocaine. Il y a eu deux ou trois saluts nazis, mais c'était des cas isolés. La plupart ne désiraient pas cela et sont intervenus. ». A la base, le rassemblement initial a regroupé, écrit Walfoot.be, « beaucoup de Firms (nom d'un groupe de hooligans d'un club) de plusieurs clubs belges. Des Wallons, des Flamands et même des hooligans du canton de l'est (Eupen). Il y avait plus de 150 hooligans d'Anderlecht. Ceux du Club de Bruges, de Gand et de l'Antwerp étaient plus de 70, accompagnés par ceux du Beerschot (30), du Standard (20) de Charleroi (15) de STVV (15), le Liège, du RWDM, de la Louvière et donc de l'AS Eupen. »

Ces hooligans, tous ensemble, ont défilé derrière un calicot unitaire sur lequel était écrit : « FCK ISIS – Casuals against terrorism ». Soit : « Fuck Islamic state – Hooligans contre le terrorisme ».

Une étude sociologique, publiée en 2008, informe que « le casual » est « un nouveau genre de hooligan dans la ville ». Dans celle-ci, on y apprend que « le hooligan se distingue des autres supporters par sa violence. Chez les hooligans Casuals que nous avons observés, la violence dépasse l’affrontement spontané de deux bandes rivales. Ils ont une volonté acharnée d’en découdre ouvertement et consciemment. Cette violence change de statut pour devenir un style de vie revendiqué, une recherche de plaisir affirmée : ''Ce qu’on aime c’est sentir l’adrénaline monter, cette sorte de pression avant d’aller se battre. Et le foot ce n’est qu’un prétexte pour se foutre sur la gueule, loin des stades et loin de la police. (...) C’est ça une bagarre de hooligans, un combat de rue intense qui procure de multiples sensations fortes et qui permet à chacun de se surpasser pour les autres et pour eux-mêmes. Et souvent alors qu’on goutte à ce genre d’émotions, il est difficile de s’en détacher, on devient dépendant. On veut toujours se battre de plus en plus, prendre de plus en plus de risque et à la fin il est très difficile de se retirer, de se ranger.'' (témoignage recueilli d'un jeune hooligan) » (1).

Officiellement apolitiques, chez ces hooligans se trouvent cependant des militants d'extrême droite. Depuis plus d'un an déjà, le slogan « FCK ISIS » est régulièrement visible dans les stades de football, en Belgique comme à l'étranger. Dans la ville allemande de Cologne, en octobre 2014, une manifestation anti-islamistes de plus de 3.000 supporters ultras de football a été organisée par l'organisation des « Hooligans gegen Salafisten » (HoGeSa). Avec la participation de hooligans venus de Belgique, dont plusieurs connus pour leur engagement à l'extrême droite.


Militants d'extrême droite


Parmi ces hooligans présents à la Bourse ce dimanche, le journal d'investigation RésistanceS.be a pu reconnaitre plusieurs militants d'extrême droite. C'est le cas de « Jeanke S. », un des principaux activistes des Autonome nationalisten Vlaanderen (ANV), un groupuscule néonazi actif à Anvers, à Gand et à Bruxelles. Celui-ci avait d'ailleurs annoncé sur Internet, le matin même vers 9 h, son arrivée dans la capitale.




Le groupe antifasciste flamand Blokbuster a pour sa part repéré, dans le cortège des hooligans ayant débarqué à Bruxelles par la gare du nord, un responsable de la section gantoise du Vlaams Belang. Celui-ci est même l’un des douze membres de son bureau politique local. L'information a ensuite été confirmée par notre partenaire néerlandophone « AFF/Verzet ». Ce cadre du VB est Martin Gyselinck. Par ailleurs, il est également un des activistes importants de Voorpost. Ce « groupe d'action nationaliste » est l'une des structures fondatrices, en 1978, du parti d'extrême droite flamand. Voorpost se charge en partie du service de sécurité du VB.


Skinheads présents !

Parmi ces supporters ultras, Arthur C. était aussi sur place à la Bourse, ce dimanche après-midi (comme le montre la photo ci-dessous). C'est une vieille connaissance de RésistanceS.be. Connu sous le pseudonyme de  « Thure », ce bruxellois s'était rendu célèbre dans un reportage de la RTBF consacré aux skinheads diffusé en 1988. Il militait à cette époque au Parti des forces nouvelles (PFN), ainsi qu'au VMO-Bruxelles qui sera à la base de la création du groupuscule néonazi L'Assaut. Déjà supporter de foot ultra, Thure jouait alors dans le groupe skin-nazi de musique « Fight Action », dont le chanteur avait milité au Parti nationaliste français et européen (PNFE) avant de se réfugier chez nous suite à des violences commises en France. En 1991, Thure avait été recruté pour assurer la sécurité du négationniste français Robert Faurisson venu assisté au procès du néonazi Olivier Mathieu.

Il y a six ans, Thure faisait partie du noyau fondateur de la Belgium defence league (BDL). Cette ligue prenait exemple sur l'English defence league (EDL), une organisation d'extrême droite fondée outre-Manche - dans l'objectif de combattre « l'islamisation de notre société » - par des supporters ultras anglais de football. Hier, devant la Bourse, Thure s'est violemment attaqué à coup de poing à une personne qui avait osé s'opposer à la présence des « Hooligans contre le terrorisme ». 











Une autre gloire de la scène skinhead a encore été identifiée sur les marches de la Bourse. Il s'agit de Fabien D., alias « Suck », le fondateur et chanteur bruxellois du groupe de musique brugeois Les Vilains. De sa création en 1997 à sa disparition en 2012, il a été le groupe belge le plus populaire du « RAC » (Rock against communism), la musique des skin-nazis. Le titre de son premier disque, édité en 1998, était « Belgique hooligans ».

Ne sachant pas à qui ils tendaient le micro, les envoyés spéciaux des télévisions française I Télé et russe RT (Russia Today) ont permis à Suck de s'exprimer sur leur antenne respective à propos des attentats du 22 mars. L'ex-chanteur des Vilains dira : « C'est les bobos de gauche. Les bobos de gauche, c'est leur faute à eux. Moi, je viens de Molenbeek, il y a vingt ans on était tous copains. Nos copains s'étaient les marocains. Mais maintenant, il y a des ghettos. Ils ont fait des ghettos. Quand moi je passe, les gens se retournent et on me dit ''Qu'est-ce que tu fais ici ?''. J'entends les gens, ils ne parlent même plus français ou flamand sur la rue. C'est une bombe à retardement. On le disait, il y a vingt ans. On nous traitait de racistes. Eh bien, elle a explosé cette semaine la bombe à retardement. Mais nous on le disait il y a vingt ans. On nous a interdit (de le dire). Parce qu'on était jugé d'extrême droite. Alors que j'avais des amis immigrés qui me disaient, si j'étais belge, je suis comme toi, ce qu'on fait à votre pays, on vous encule ! » (sic).


La vidéo de l'interview improvisée de Suck par I Télé, posté sur Facebook, a été ensuite partagée 1990 fois. Notamment par un certain Sylvain V., avec son commentaire personnel suivant : « On ne peut pas appeler ça un discours d'extrême-droite. C'est la pure vérité ! Celle qui dérange... ». Ancien membre du Parti populaire, l'auteur des lignes en question avait fondé pour les élections législatives de 2014 une éphémère formation politique d'ultra droite populiste, la « Vox Populi Belgica ».

En Wallonie, le groupe brugeois Les Vilains bénéficiait de fans qui étaient alors très actifs à Jeune Nation, la section de jeunesse du mouvement Nation. Fabian D. avait déjà été en contact, dans les années 1990, avec des hooligans qui militaient dans le groupe néonazi L'Assaut, dont le dirigeant-fondateur, Hervé Van Laethem, redeviendra samedi prochain le nouveau président de Nation.





Plus tard, après les incidents du milieu d'après-midi, le mouvement Nation et son partenaire flamand actuel, les Vlaanderen Identitair  (VLI), vont communiquer leur soutien à ceux qu'ils considèrent comme des « patriotes » (sic). Juste après les incidents commis à la Bourse, Rob Verreycken, le leader du groupuscule VLI et ancien responsable du Vlaams Belang, a posté sur sa page Facebook le commentaire suivant : « 450 compatriotes sont venus pour montrer au monde entier leur - et notre - juste colère (NDLR : suite aux attentats de mardi dernier), ainsi que leur détermination pour lutter contre l'islamisation de notre pays. »



Une violence peu médiatisée ! Pourquoi ?

Malgré l'étonnement de beaucoup, le déchainement de violence de ce dimanche perpétré par ces hooligans est pourtant une habitude. Aujourd'hui, il inquiète parce qu'il s'est déroulé devant l'emplacement d'hommage aux victimes du terrorisme dans un contexte particulièrement dramatique. La violence urbaine de supporters ultras se déroule cependant régulièrement dans les soirées d'après-match de football. Elle est alors peu médiatisée.

Pour ces hooligans, la violence est un mode d'expression, une raison d'existence. Ce phénomène de société ne semble pas réellement inquiéter les autorités compétentes. Elles sont bien plus sensibilisées et mobilisées par la violence qui s'exprime dans les quartiers populaires de nos villes lors d'émeutes, survenant souvent suite à une « friction » entre des jeunes et la police.

Pour mieux comprendre ce qui s'est passé ce dimanche à Bruxelles, le journal RésistanceS.be vous propose un articles analytique qu'il avait déjà publié en 2001 sur le hooliganisme et son infiltration par des groupes d'extrême droite. Aujourd'hui, il garde toute son actualité. Pour lire cet article CLIQUEZ ICI


Rédaction de RésistanceS.be






(1) Denis Bernardeau Moreau, Julien Bonomi, Cecile Collinet : « Le Casual, un nouveau genre de hooligan dans la ville », in Les Annales de la Recherche Urbaine, Plan Urbanisme - Construction - Architecture, 2008, pp.37-45.


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Hooligans : l’extrême droite au stade

[RésistanceS.be – Lundi 28 mars 2016 – 10 h 25
Republication à l'occasion des incidents survenus ce dimanche à la Bourse d'un article de RésistanceS.be paru le 1er septembre 2001].

OBSERVATION & ANALYSE - Depuis les années septante, l’extrême droite, en Europe, s’intéresse au football. Objectif : infiltrer les groupes de supporters violents - les hooligans - pour recruter ces derniers dans ses « troupes de choc ». En Belgique francophone, le phénomène n’est également pas nouveau.

Certes, de plus en plus régulée ici et là, la violence dans les stades de football reste un phénomène international qui prend une ampleur sans cesse croissante. Ce symptôme sociétaire est incarné par les agissements des hooligans. Ces supporters violents sont devenus l’un des publics cibles, à la fin des années septante, de l’extrême droite anglaise qui voyait en eux des jeunes épris de « valeurs nationalistes » et exprimant souvent leur « fierté d’être blancs ». Professionnels de la guérilla en zone urbaine, des jeunes hooligans deviendront des leaders locaux de groupuscules néonazis d’outre-Manche, comme Combat 18, par exemple (1).


Wallon’s Boys et « Armée blanche »

En Belgique, aussi, un processus d’infiltration des « sides » (groupes de supporters violents de football), de diffusion d’un message nationaliste auprès de leurs nervis et du recrutement de ces derniers va s’opérer rapidement. En Wallonie, l’un des meilleurs exemples de « side » - également appel « casual » - de « supporters nationalistes » est les Wallon’s Boys, actifs encore sous le nom de Charleroi Casual Crew (CCC), du Royal Charleroi Sporting Club (RCSC). A diverses occasions, ces « garçons wallons » participeront aux manifestations d’AGIR, du Front national belge, des mouvements Nation et REF. Notamment, celles organisées contre les églises occupés par des réfugiés politiques et des étrangers clandestins (2).

Leur site Internet, en ligne jusqu’en juin 2000, présentaient les Wallon’s Boy comme étant la « White Army Charleroi ». Pourquoi ce nom ? Les maillots des joueurs du club carolo sont blancs, mais ici la référence au blanc est clairement politique. Dans une optique nationaliste, cette référence fait allusion aux défenseurs de la « race blanche ». Un concept particulièrement en vogue dans les organisations paramilitaires terroristes néonazies. En plus, cette dite « armée » informelle, arbore comme signe de ralliement la croix celtique, bien connue des milieux néonazis.





Violence et racisme affiché

Dans la capitale, les hooligans de tendance nationaliste se rassemblent parmi les supporters d’Anderlecht et de Molenbeek. Les plus médiatisés sont les Brussels Boys. Apparus dans les années quatre-vingt, ils rassemblent des supporters du Racing White Daring de Molenbeek (RWDM). Avec un style langagier de type militant et guerrier, ce « kop » est marqué par sa violence et son racisme affiché. Sur son site Internet, l’un de ses animateurs mentionnait récemment que sa « commune (est) surtout composée de quartiers d'ouvriers mais cela a quelque peu changé car maintenant ce sont surtout des bou... oups, pardon je voulais dire des chômeurs. Néanmoins, un petit side résiste toujours à l'envahisseur...». A la lecture du « guestbook » du deuxième site des Brussels Boys, les annotations codifiées racistes sont nombreuses. Le 29 juillet 2000, un de ses sympathisants mentionnait : « Vivement la saison prochaine pour se remplir la pense de bière et casser du bougnioul. » (sic).

Suite à divers incidents violents, qui se déroulèrent durant des matchs de football ou à d’autres occasions, comme en juin 1989 au cours d’une véritable expédition punitive contre des jeunes d’origine immigrée, des hooligans du RWDM seront condamnés par la justice.

Depuis ces incidents impliquant des membres des Brussels Boys, ce noyau dur d’hooligans « nationalistes » semble avoir disparu. Avec une centaine de fanatiques de l’équipe du RWDM, lors de la saison 1998-99, un nouveau club de supporters officiel a été créé. Il reprend le nom de « BXL Boys », mais tente de se distancier de l’image néonazie de son prédécesseur. Etonnant, parce que le « guestbook » de son site Internet reste alimenté constamment de messages clairement discriminatoires et racistes. Un hasard ?





Hooligans pour la guerre ethnique

Les Brussels Boys comme les Wallon’s Boys sont surtout composés de skinheads ne cachant pas leur sympathie pour les symboles du régime hitlérien (3). Ils feront encore parler d’eux au moment de l’Euro 2000, en juin 2000. Après les troubles qui émaillèrent ce grand rendez-vous sportif, le mensuel Nation-Info, du mouvement du même nom, publiera un dossier entièrement consacré à ce sujet. A la lecture de celui-ci, nous apprenons que des « supporters belges de tendance nationaliste et provenant de plusieurs Sides de supporters (...) une sorte de ‘’White Side’’» participèrent à divers combats de rue qui se déroulèrent au centre de Bruxelles contre des ''jeunes''. » (4).

L’article de Nation-Info consacré à cette « bataille de Bruxelles » (sic), première étape de la « guerre ethnique » à venir, se terminera par : « Certains observateurs croient avoir aperçu des militants nationalistes révolutionnaires, partout où ça chauffait : aux côtés des anglais comme, et surtout, aux côtés du ’’White Side’’ belge. Délires ou action subversive bien menée ? Le saura-ton jamais ? En tout cas, il apparaît qu’une poignée de jeunes supporters belges ont sauvé l’honneur en participant et, disons-le, en gagnant la bataille de Bruxelles. » (5).

Un an auparavant, notre revue papier, RésistanceS, informait que le groupe néonazi l’Assaut, fondé par Hervé Van Laethem, le secrétaire national actuel de Nation, avait infiltré des « sides » d’hooligans (6). A Bruxelles et en Wallonie, plusieurs « crânes rasé » ont en effet été recrutés par le mouvement Nation.


Rédaction de RésistanceS.be


Notes :

(1) Implantée en Grande-Bretagne et en Suède, Combat 18 est une organisation clandestine néonazie responsable d’actions terroristes. Les chiffres 1 et 8 font références à la première lettre de l’alphabet, le A, et à la huitième lettre, le H, soit les initiales d’Adolf Hitler. Depuis l’année 2000, en Belgique, la « division flamande » de Blood and Honour (réseau skinheads « national-socialiste » international) revendique une parenté avec Combat 18.

(2) F.M. : « Les sans-papiers attaqués : des Wallon’s Boys attaquent les occupants de la basilique à Charleroi », article publié dans le quotidien La Dernière Heure le 7 décembre 1998.

(3) A propos du mouvement skinhead, du côté francophone, un retour aux véritables racines culturelles du début (notamment celles issues du mouvement rasta) est enclenché à l’heure actuelle. Les skinheads NS (nationaux-socialistes, également désignés sous les vocables de « skinnazis » et « naziskins ») sont de moins en moins nombreux en Communauté française, contrairement à la scène skinhead flamande qui reste dominée par les NS. Les « crânes rasés » francophones encore politisés se revendiqueraient même des « redskins », ceux engagés dans les rangs de la gauche radicale et marqués par des positions antiracistes.

(4) Sous l’impulsion de l’ex-magistrate Marguerite Bastien (la fondatrice-présidente du Front Nouveau de Belgique), dans les publications racistes, afin de contourner la loi antiraciste du 30 juillet 1981, le terme « jeune » est utilisé pour désigner insidieusement les jeunes issus de l’immigration nord-africaine.

(5) « La bataille de Bruxelles », article non signé paru dans le mensuel Nation-Info, n° 9, juillet-août 2000, p. 5.

(6) « Robes noires et chemises brunes», R.J et C.I, rubrique judiciaire du journal RésistanceS, n° 7, été 1999, p. 7.







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samedi 26 mars 2016

Attentats islamistes, extrême droite et stratégie de la tension à Molenbeek




[RésistanceS.be – Vendredi 25 mars 2016 23 h 13
Réactualisation : 26-03-2016 à 10 h 36]


PROVOCATION - Une organisation d'extrême droite française annonce l'organisation d'une manifestation à Bruxelles contre les islamistes. Elle devrait avoir lieu au coeur de Molenbeek, le samedi 2 avril prochain. Il s'agit d'un stratégie pour provoquer les habitants de cette commune bruxelloise. Son but : susciter des tensions. Dans le cadre d'une concurrence interne chez les « identitaires » – DECRYPTAGE DE CETTE STRATÉGIE.


Ce vendredi, dans la soirée, « Génération identitaire », l'organisation de jeunesse du Bloc identitaire, un mouvement d'extrême droite actif en France, a annoncé qu'elle organisera une « Grande manifestation européenne » (sic) intitulée « Expulsons les islamistes ». Elle est programmée pour le samedi 2 avril prochain, à 15 h précisément, sur la place communale de Molenbeek-Saint-Jean. Il s'agit pour l'instant d'un « effet d'annonce » visant à produire un impact médiatique favorable au groupuscule en question.

Un « effet d'annonce » est, selon le « Dictionnaire du journalisme et des médias » de Jacques Le Bohec, professeur en sciences de l'information et de la communication (éditions des Presses universitaires de Rennes), un « discours destiné à faire croire que l'orateur va bientôt mettre sa promesse à exécution et que ''dire, c'est faire'' (alors que la mise en oeuvre effective peut se faire attendre longtemps). ».


Cette manif sera interdite

Annoncée sur son compte Facebook, la manifestation prévue par Génération identitaire n'aura certainement pas lieu. Il parait évident qu'elle sera interdite pour des raisons de sécurité. Ses organisateurs le savent fort bien. Alors pourquoi ont-ils annoncé cette manifestation, avec un visuel de propagande à la clé ?

Le but de ces dits « identitaires » - qui tentent depuis plusieurs années de s'implanter aussi en Belgique - est de démontrer que l'extrême droite n'a pas peur des terroristes et qu'elle est capable de descendre dans la rue pour le scander haut et fort. Ils ont déjà agi de la même sorte en France, après les attaques terroristes à Paris, le 13 novembre dernier.

Lorsque que leur rassemblement sera officiellement interdit, Génération identitaire et l'extrême droite en général dénonceront la « répression du pouvoir politique » contre ceux qui « luttent contre l'islamisation de l'Europe et le terrorisme musulman ». Ils affirmeront avec force que les « islamistes » sont tolérés dans nos quartiers par les autorités politiques et peuvent s'exprimer librement. Par contre, se donnant le rôle de « victimes », les « identitaires » et les autres « nationalistes » dénonceront la « censure » et la « répression » qui les frappent. Dans leur ligne de mire : les partis politiques qui seront qualifiés de « complices des djihadistes » par leur « laxisme et communautarisme » favorables aux « immigrés », aux « nationaux de papier » et aux « islamistes ».




Stratégie de la tension

Cette manifestation annoncée par Génération identitaire est donc une provocation pure et simple, parfaitement bien orchestrée dans le cadre d'une « stratégie de la tension » programmée. Une habitude d'extrême droite.

Après les nouvelles déclarations sur Molenbeek du polémiste d'ultra droite français Eric Zemmour ou du président de la N-VA Bart De Wever, l'annonce de ce rassemblement d'extrême droite pourrait susciter encore plus de tension dans cette commune populaire bruxelloise, stigmatisée désormais par les médias du monde entier et une partie de la classe politique de Paris aux Etats-Unis.

L'effet d'annonce de l'« arrivée » de l'extrême droite à Molenbeek vise à provoquer ses habitants et les mouvements antifascistes. C'est l'objectif du groupuscule Génération identitaire pour que la commune garde sa mauvaise réputation de « bastion européen des islamistes » et que des émeutes contre l'extrême droite s'y produisent. Celles-ci pourront alors être exploitées médiatiquement par la droite radicale pour ensuite justifier son existence. 


Conflits internes à l'extrême droite

Au sein de l'extrême droite une féroce concurrence existe pour recruter un maximum de nouveaux militants. L'ensemble de ses groupuscules tentent de profiter du climat actuel pour renforcer leurs rangs respectifs. Les conflits internes sont nombreux chez les identitaires et les nationalistes de droite pour gagner le leadership de leur mouvance idéologique.

C'est pour cette raison qu'il ne faut surtout pas tomber dans le piège tendu par Génération identitaire et celles des autres groupes microscopiques de l'extrême droite. Il faut attendre, tranquillement, les mesures qui seront prises rapidement par les autorités compétentes en matière de sécurité pour interdire ladite « grande manifestation européenne contre les islamistes » du 2 avril à Molenbeek. De la sorte, l'extrême droite manipulatrice sera défaite.


MANUEL ABRAMOWICZ

avec FRANÇOISE BOLLE
Membres de la rédaction de RésistanceS.be



REACTUALISATION
Ce matin, à 9 h 32, quelques heures après la publication de notre article ci-dessus, le site de la RTBF annonçait que la bourgmestre de Molenbeek, Françoise Schepmans (MR), n'avait reçu aucune demande d'autorisation pour ladite manifestation de Génération identitaire programmée dans sa commune. Si cela devait être le cas, ce rassemblement sera interdit. Françoise Schepmans a déclaré à la RTBF : « Nous n'avons pas eu connaissance d'une quelconque demande de manifestation de la part de ce mouvement. Mais de toute façon, cette manifestation ne sera pas autorisée. Quand on lutte contre l'extrémisme, c'est contre tous les extrémismes. Il est donc hors de question de laisser des fous furieux s'exprimer. Et au cas où des personnes braveraient l'interdiction, la police sera présente pour dissoudre le rassemblement sur le champ ».




SUR LE MÊME THEME
Attentats de Bruxelles, que dit et propose l'extrême droite ?






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jeudi 24 mars 2016

Attentats de Bruxelles, que dit et propose l'extrême droite ?



[RésistanceS.be – Jeudi 24 mars 2016
Réactualisé le 22 juillet 2016 > reprise de cet article par les Territoires de la Mémoire. A la fin de l'artcile]




OBSERVATION & ANALYSE – Contre le terrorisme, les partis et mouvements extrémistes de droite revendiquent des mesures radicales: tribunal et prison militaires, peine de mort pour les terroristes arrêtés, expulsions des familles de ceux-ci dans leur pays d'origine, poursuite judiciaire pour trahison des politiciens jugés responsables du laxisme ayant permis les attentats de Bruxelles... L'extrême droite n'a pourtant pas de leçon à donner en matière de terrorisme. L'extrémisme islamiste et l'extrémisme fasciste sont les deux faces de la même pièce – TOUR D'HORIZON.


Dès les premières minutes après les deux attentats perpétrés, à l'aéroport international de Zaventem puis à la station de métro Maelbeek, par un commando belge de l'Organisation de l'Etat islamique (El Daesh), à Bruxelles (31 morts et plus de 300 blessés répertoriés à la date de ce 24 mars), des partis et des mouvements d'extrême droite se sont manifestés pour tenter d'en récupérer un bénéfice politique. Comme des vautours. Une habitude.


L'extrême droite belge

Ayant eu lieu sur le sol national que dit précisément notre extrême droite locale de ces horribles attentats ? Quelles interprétations formule-t-elle pour en expliquer les raisons ? Pour mettre fin au terrorisme, l'extrême droite revendique, comme tout le monde, plus de sécurité, mais avec quels moyens en particulier ? En appliquant quels types de mesures ? Pour le savoir, le journal d'investigation RésistanceS.be a consulté les médias d'informations des partis, des organisations et des groupuscules nationalistes, identitaires, solidaristes et néofascistes de Belgique. Voici le résultat, non-exhaustif, de notre tour d'horizon de la fachosphère.

Environ vingt-quatre heures après les attentats de mardi, une importante délégation du Vlaams Belang (VB) s'est rendue à quelques mètres de la station de métro Maelbeek. Elle y a fait une minute de silence, après avoir déposé une gigantesque couronne funéraire au nom du VB. Son très jeune président, bon chic bon genre, Tom Van Grieken, en a profité pour dénoncer « le laxisme du gouvernement fédéral, dont les membres avaient auparavant critiqué la politique du PS », lorsque celui-ci était au pouvoir. Contre le terrorisme, le parti d'extrême droite flamand demande l'abrogation de la loi Lejeune qui permet la libération anticipée de criminels.

Pour le Vlaamse Solidaire Vakbond (VSV), la structure pseudo syndicale mise en place par le VB, il y a maintenant cinq ans, le terrorisme est une des « conséquences néfastes de la politique des autorités européennes ». Le VSV estime que pour vaincre ce fléau, « il est grand temps de faire le ménage à Molenbeek et de fermer les frontières. ». Des mesures préconisées, pour la première, par Jan Jambon, le ministre fédéral N-VA de l'Intérieur, pour la seconde, par Marine Le Pen.


Terrorisme islamique et laxisme politique

Marco Santi, le président de Démocratie Nationale (DN), un des pseudopodes du Front national belge, écrit sur son compte Facebook que les attentats de mardi « renforcent encore notre détermination à combattre tous ceux qui attaquent nos libertés, notre culture, nos valeurs démocratiques, mais également les politiciens belges qui, à cause de leur laxisme depuis des décennies, ont permis le développement de ces cellules terroristes et favorisé l'islamisation de la Belgique et de l'Europe. »

Le lendemain des attentats, le groupuscule Génération Identitaire Wallonie, apparue dans la région liégeoise en janvier 2015, va relayer l'appel « Tous unis contre la haine islamiste‬ », déjà lancé en France par l'organisation de jeunesse du Bloc identitaire, un mouvement d'extrême droite préférant au nationalisme français du FN lepéniste une « Europe des régions », sur une base ethnique (raciale). Pour les identitaires wallons, il est impératif de faire « face à la haine de nos ennemis ». Ils estiment encore que pour faire « face aux tueries qui se multiplient », l'union est nécessaire « pour sauver l'Europe et les Européens. »

L'un des anciens secrétaires généraux du FN belge, aujourd'hui membre de la direction bruxelloise du Vlaams Belang, Patrick Sessler, sur une image postée sur son compte Facebook, reprenant les photos des anciens ministres de la justice socialistes Philippe Moureaux (au début des années quatre-vingt), Laurette Onkelinx (plus récemment) et l'ex-ministre de l'Intérieur CdH Joëlle Milquet, écrit : « Voilà les coupables ! A quand un procès pour haute trahison ? ».

Les « autres responsables » de ces actions terroristes sont facilement identifiables, selon le mouvement « national-solidariste » Nation. Une liste est ainsi proposée, dans un de ses énièmes communiqués de presse, jamais repris par ailleurs par les médias : « les politiciens de tous les partis, les nombreuses associations qui n'ont cessé d'essayer de distraire l'opinion publique en criant au ''danger d'extrême-droite'' et les magistrats qui ont sans cesse utilisé des ressources policières pour surveiller et réprimer les patriotes. ». 





Mesures antiterroristes sionistes

L'Alternative nouvelle solidariste (Nieuwe-solidaristische alternatief, N-SA), un minuscule groupe d'action nationaliste néerlandophone, implanté à Anvers et à Bruges, conduit par Eddy Hermy, membre dans les années septante et quatre-vingts de la direction du Vlaamse militanten orde (VMO), une milice privée néonazie, exige que soit appliquée la peine de mort pour les terroristes. La N-SA plaide pour que « les terroristes détenus soient transférés dans des prisons militaires et condamnés par des tribunaux militaires. ». « C'est la loi militaire qui devrait être d'application contre eux », écrit Eddy Hermy, ce mercredi sur le site de son groupuscule. Mais que faire des familles des terroristes ? La solution est simple pour le chef de la N-SA : « Nous exigeons également que tous les membres de la famille des terroristes tués soient rapatrié dans leur pays d'origine, avec la confiscation de tous leurs biens et avoirs, meubles et immeubles. Ceci devrait servir comme moyen de dissuasion à d'autres terroristes. Une mesure bien plus efficace que tout programme de déradicalisation proposé par les autorités politiques. ». Connue pour ses positions radicalement antisionistes et propalestiniennes, la N-SA s'inspire ici pourtant d'une mesure en vigueur en Israël. Outre une référence paradoxale, cette mesure répressive israélienne n'a pas pour autant mis fin au terrorisme.

Pour faire face à la menace terroriste, un responsable de la mouvance national-catholique proche du mouvement Nation, Arnaud Palmaers, trois heures après le second attentat, sur Facebook, avait lancé pour sa part un appel à la création d'« un grand mouvement de résistance à l'islamisation et à la décadence en Belgique, une nécessité de plus en plus pressante ». Pour mener ce nouveau combat, ce « fou de dieu » chrétien se réfère à ‎Godefroy de Bouillon, l'un des chefs des croisades chrétiennes de jadis contre les armées musulmanes. Une figure historique récupérée, depuis longtemps déjà, par l'extrême droite.


Manifestation contre la « terreur musulmane »

L'option militariste contre les terroristes est encore préconisée par l'Alliance nationaliste wallonne (ANW). Une heure après le massacre commis dans le métro bruxellois, cette petite formation d'ultra droite, active dans les provinces de Liège et du Luxembourg qui négocie actuellement une fusion avec le FN belge, publie sur sa page Facebook le message d'un de ses responsables : « Citoyens !! L'heure est grave !! Nous sommes en situation semblable à la guerre à cause du laxisme de nos gouvernements. Préparons-nous et levons-nous tous ensemble pour que cela n'arrive plus et osons aller nous même au combat !!! ». Dans son profil de présentation personnelle, l'auteur de ces lignes belliqueuses informe qu'il a travaillé à l'armée belge.

S'agit-il ici que de mots ? Des formules à l'emporte-pièce ? Le passage de l'extrême droite à l'action contre le terrorisme islamiste pourrait se dérouler le 16 avril prochain à Anvers. Pour cette date, suite aux attentats à Bruxelles de Daesh, la branche flamande des Patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident (Pegida Vlaanderen) programme une « marche contre la terreur musulmane ». Le même jour, la N-SA, invite ses militants et sympathisants à un rassemblement devant la prison de Bruges où sont emprisonnés les terroristes de Daesh, Salah Abdeslam et Mehdi Nemmouche.


L'extrême droite, l'autre face de la violence

Comme il a été constaté, dans notre tour d'horizon de la galaxie facho-belge, ses membres les plus représentatifs ont des solutions immédiates à proposer pour mettre fin au cancer du terrorisme qui ravage notre société. Mais l'extrême droite est-elle la mieux placée pour lutter contre la terreur ?

L'histoire et l'actualité l'enseignent : le terrorisme est également une arme utilisée par des groupes d'extrême droite. Des attentats meurtriers commis par l'OAS (plus de 2.200 morts et 5.000 blessés) lors de la guerre d'Algérie au début des années soixante aux massacres de masse commis en juillet 2011 par l'islamophobe Anders Breivik (77 jeunes norvégiens assassinés), en passant par la bombe qui ravagea la gare de Bologne en 1980 (85 morts), les tueries du Brabant (officiellement 28 tués), l'attentat d'Oklahoma city (168 morts et 680 blessés)... 

De plus, l'extrémisme islamiste de Daesh a besoin de l'extrémisme de la droite radicale pour alimenter une atmosphère anti-musulmane. Le racisme et la musulmanophobie sont bénéfiques aux intégristes musulmans comme argument de recrutement de nouveaux disciples à leurs thèses conspirationnistes. De part et d'autre, plus les tensions persisteront et la violence se déploiera, plus les extrémistes des deux bords verront les rangs de leurs combattants et de leurs électeurs augmenter. L'extrémisme islamiste et l'extrémisme fasciste sont les deux faces de la même pièce.

MANUEL ABRAMOWICZ 
Membre de la rédaction de RésistanceS.be


SYNERGIE / RESEAU
Cet article a également été publié ....
Dans le dernier numéro d'« Aide-Mémoire » (juillet-août 2016), le périodique des Territoires de la Mémoire, l'article de RésistanceS.be ci-dessus a été republié.

Depuis la création à Liège, des Territoires de la Mémoire, le centre d'éducation à la résistance et la citoyenneté, le journal RésistanceS.be est en contact avec eux. Régulièrement, nous participons à leurs initiatives : comme formateurs, conférenciers, avec la publication d'articles dans « Aide-Mémoire »...



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