samedi 18 mars 2017

Concert néonazi ce samedi à partir de la Belgique




[RésistanceS.be – Samedi 18 mars 2017]

INFO RésistanceS.be – Verzet - Ce samedi soir un concert clandestin skinhead néonazi « Defend Europe » est programmé dans le sud de la Belgique.




Mesures de sécurité

Adoptant les mêmes procédés de sécurité habituels dans le but d'éviter un contrôle policier, une contre-manifestation antifasciste ou l'interdiction du concert par le propriétaire de la salle réservée pour sa tenue (souvent sous un faux prétexte), pour pouvoir s'y rendre, le point de rendez-vous est fixé dans la petit commune wallonne de Messancy, dans le sud de la ville d'Arlon, dans la province du Luxembourg, entre 17h45 et 18h30. Une fois sur place, l'adresse du concert sera transmise aux participants. Ces derniers devront venir de Belgique (Wallonie, Bruxelles et Flandre), des Pays-Bas, de France, d'Allemagne, de Grande-Bretagne...

Le concert aura donc lieu dans un endroit encore inconnu à l'heure actuelle, soit dans cette province belge soit de l'autre côté de la frontière, en France, qui se trouve à quelques kilomètres.


Qui l'organise ?

L'affiche de ce rassemblement néonazi « Defend Europe » ne mentionne aucun nom d'organisateur. Les numéros de téléphone de contact sont ceux de deux allemands et d'un hollandais. Ce concert est annoncé sur Internet dans l'agenda des événements soutenus par Blood & Honour (B&H), l'organisation nazie-skin internationale, localisée en Grande-Bretagne. Les « divisions » belges de B&H ont déjà, dans les années nonante, organisé des concerts clandestins en Belgique.

A l'affiche du concert de ce samedi soir, les groupes qui vont s'y produire sont Blitzkrieg et Heiliger Krieg (groupes allemands), mais aussi Squadron (venant d'Angleterre) et Fortress (groupe d'Australie). Ils sont connus pour des morceaux en l'honneur de l'armée allemande de l'époque du Troisième Reich et de type RAC (Rock against communism), dans la plus pure tradition de la musique "oi", celle des skin-nazis qui prônent la haine raciale, l'apartheid et la lutte armée contre les ennemis de la « race blanche ».



Rédaction de RésistanceS.be




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jeudi 9 mars 2017

Le Front national belge va continuer d'AGIR




[RésistanceS.be – Jeudi 9 mars 2017]


Enquête exclusive du journal d'investigation RésistanceS.be sur l'avenir de l'extrême droite belge francophone (1/4)


INFOS EXCLUSIVES – Marine Le Pen, la présidente du FN français, interdit aux frontistes belges d'utiliser le nom et le sigle de son parti d'extrême droite. Après deux saisons d'une longue saga devant les tribunaux, le Front national belge est mis au placard. Dans l'attente de la réouverture de son dossier devant la cour de cassation, ses derniers dirigeants ont relancé une asbl frontiste fondée en 1983 et viennent de créer deux nouvelles associations politiques : « Jeune Europe » et « AGIR ». L'objectif de ces chevaux de Troie est de revenir en force sur la scène politique à l'occasion des prochaines élections.




Tel le monstre du Loch Ness - mais dans le cas présent il existe réellement en chair et en os - le Front national belge (FN belge), depuis son apparition il y a près de trente-deux ans, fait du yo-yo. Pour apparaitre, puis disparaitre, avant de revenir, certes très affaibli, sur la scène d'animation de l'extrême droite belge francophone.


Aux élections régionales bruxelloises de 1989, aux législatives de 1991, aux européennes et aux communales de 1994, le parti d'extrême droite enregistre, dans les régions bruxelloise et wallonne, des percées électorales successives. Un flux positif, alors déjà à l'époque dans l'air du temps sur tout le continent européen, pour ceux qui incarnent un nationalisme exacerbé, teinté d'autoritarisme, de xénophobie et de poujadisme. Aux élections de 1999, malgré ce climat politique, social et économique favorable à ses slogans, englué dans l’incapacité de structurer une force nouvelle politique efficace, le FN belge perd de sa capacité de nuisance avec un reflux électoral conséquent.

En 2003, profitant de la présence - quelques mois auparavant - de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle, les frontistes de notre pays reprirent du poil de la bête. La bonne santé du FN de chez nous ne sera que de courte durée. Il va plonger ensuite vers le niveau quasi zéro de la représentativité électorale. Traversé par une guerre des clans frontistes, le Front va voler en éclat pour voir apparaitre, entre 2007 et 2012, plusieurs FN concurrents, antagonistes, se revendiquant tous du parti d'origine et du lepénisme.



Saison 1 de la saga judiciaire FN contre FN

L'un de ces clans frontistes belges va réussir à obtenir le soutien officiel de Marine Le Pen, qui vient de prendre en France la présidence du parti de son père. Il s'agit du FN belge conduit par Charles Pire, un transfuge de ladite « 
particratie ». C. Pire fut membre de la direction du Parti social-chrétien (PSC) dans la province de Liège. Son parcours politique sans tâches plait à Marine Le Pen et ses lieutenants. Mais, après notamment les révélations du journal RésistanceS.be sur les liens de ce clan frontiste avec les nationaux-solidaristes du « Mouvement Nation », qui en France collaborent au même moment avec des groupes néonazis et nationalistes-révolutionnaires hostiles au FN français, la présidente de ce dernier décide, en 2012, de mettre fin unilatéralement à l'aventure du lepénisme en Belgique. Pour y parvenir, Marine Le Pen se lance dans une première saga judiciaire devant les tribunaux de notre pays, durant toute une première saison constituée de rebondissements variés.

En septembre de l'année passée, la cour d'Appel de Liège, en charge du dernier épisode de la « saison 2 » de cette série politico-judiciaire, ordonne l'interdiction de l'utilisation en Belgique du nom « Front national » et de son sigle, la flamme tricolore. En cas d'infraction à l'arrêt liégeois, les récalcitrants seront poursuivis et lourdement condamnés. Aucun frontiste belge ne pourra assumer encore longtemps l'acharnement judiciaire de la Le Pen et de son avocat belge, un dénommé Ghislain Dubois. Ancien membre de l'ombre d'instances dirigeantes du frontisme belge, cet avocat du barreau de Liège est devenu, après avoir conduit devant Dame justice les dirigeants du FN belge « canal historique », l'un des assistants parlementaires bien payés du Front national français au Parlement européen. Pour son rôle central joué dans le mécanisme de défense de la cheffe lepéniste contre l'institution européenne qui l'accuse d'emplois fictifs, l'individu en question a été l'objet, voici quelques jours, d'un article du journal d'investigation « Le Canard enchainé ».



Face au rouleau compresseur du FN de Paris, la minuscule phalange belge lui résistant encore, et ce depuis plusieurs années, ne s'est pas pour autant avouée vaincue. En coulisse de l'agitation de l'extrême droite caractérielle, affirmant être sur tous les terrains, mais toujours avec le même nombre maigrichon de militants d'il y a vingt ans, les tenanciers belges de la boutique frontiste ont réchauffé leurs muscles pour remonter sur le ring de la politique belge. En plusieurs phases et surtout avec trois chevaux de Troie. Il faut savoir que le potentiel électoral en Wallonie, comme à Bruxelles, est toujours là. La demande est forte. Il suffit de reformuler une offre. Selon certaines études d'opinion, les intentions de vote pour Marine Le Pen pourraient grimper autour des 30 % des voix dans le sud du pays ce qui serait bénéfique pour tout parti belge pouvant être associé sur le plan idéologique au FN français et à sa présidente suprême. 


Trois chevaux de Troie pour repasser à l'assaut

Pour survivre et profiter de l'air électoral ambiant favorable, la première phase enclenchée par les dirigeants sortants du FN belge consiste au dépôt d'un pourvoi en cassation pour s'opposer à l'arrêt de la cour d'Appel de Liège, rendu en septembre 2016. Il sera examiné en juin ou septembre prochain. En cas de refus de rouvrir le litige entre le FN d'outre-Quiévrain et celui actif notamment sur les bords de Meuse, les dirigeants de ce dernier se rendront, dans une deuxième phase, jusqu'à la Cour européenne des droits de l'Homme de Strasbourg.

Dans l'attente de l'épilogue de cette seconde phase, le FN belge suspendu a relancé une vieille asbl frontiste – créée alors en 1983 - et vient de fonder deux nouvelles associations politiques aux noms des plus évocateurs dans l'histoire de l'extrême droite belge francophone : « Jeune Europe » et « AGIR ». Véritables chevaux de Troie, leur objectif commun et unique est de revenir en force sur la scène politique à l'occasion des prochaines élections. La cavalerie des ex-frontistes est déjà d'ailleurs en ordre de bataille sur le front. Prête à passer à l'assaut.



Front national pour l'unité belge

Front national - Nationaal front (FNUB - FN-NF)

Le FNUP- FN-NF a été officiellement fondé en mars 1983, à Marcinelle, une commune près de la ville de Charleroi, dans la province du Hainaut, sous la forme d'une asbl. A l'époque, cette association sans but lucratif de nature politique avait pour nom « Union belge pour l'Eurodroite » (« Eurodroite », en abrégé). Son objectif statutaire est alors d'« organiser la participation de la droite nationale à tout débat concernant l'unité européenne et en particulier, par la présentation de liste sous son sigle à toute élection européenne ou comme composante de tout rassemblement rejoignant ses vues. »

Son président, Jean-Pierre Borbouse, provient en droite ligne du Parti communautaire national-européen (PCN), un groupuscule de la région de Charleroi se revendiquant de l'héritage doctrinal de l'organisation Jeune Europe (voir la notice du deuxième cheval de Troie du FN belge, juste ci-après). Après l'émergence de Jean-Marie Le Pen, président-fondateur du FN français, dans le paysage politique et médiatique, l'Union belge pour l'Eurodroite change de nom et adopte, en juillet 1984, celui plus porteur sur le plan électoral de « Front national pour l'unité belge – Front national - Nationaal front » (FNUB – FN-NF). L'article 2 de ses statuts précise clairement que « 
l'association ''Front national'' veut constituer un point de rassemblement pour tous ceux qui veulent préserver l'unité nationale et favoriser l'unification de l'Europe, et en particulier par la présentation de listes sous son sigle à toutes élections ou comme composante de tout rassemblement rejoignant ses vues. ».

Laissant le champ libre à une autre asbl, « Front national-Nationaal front » (FN-NF) mise en place à Bruxelles par un ancien du parti libéral wallon, Daniel Féret, l'asbl de Marcinelle ne sera ensuite plus active. Jusqu'à sa réactivation toute récente ! En effet, le 27 décembre dernier, un nouvel acte concernant cette asbl apparue en 1983 a été déposé au
Moniteur belge à propos du changement opéré de membres effectifs et de l'adresse de son siège social, ainsi que du renouvellement de son conseil d'administration.

Le président de l'asbl FNUP – FN-NF reste Jean-Pierre Borbouse. Durant la longue période d'hibernation (plus de trente-deux ans) de cette asbl, après son départ du PCN, il avait rejoint le Front national belge. Aux élections communales de 2000, Borbouse est élu conseiller communal à Charleroi, puis député régional wallon en 2004. En 2007, le même participe à un putsch pour dégommer Daniel Féret de son poste officieux de « président à vie » du FN. Ensuite, Jean-Pierre Borbouse lance, avec d'autres, un FN bis, autour du sénateur Michel Delacroix et du secrétaire-général du Front Patrick Sessler. Ensemble, ils seront à la base du Comité belge de soutien à Jean-Marie Le Pen à l'occasion de la présidentielle de 2007. Cependant, Borbouse revient pour finir dans le giron du FN « canal historique ». En novembre 2015, il se retrouve à nouveau au côté de Daniel Féret, à la tribune des trente ans du Front national de Belgique (voir à ce sujet l'article exclusif de RésistanceS.be :
Le Front national belge n'est pas mort, il a 30 ans). Pour son implication des plus actives dans le maintien du FN belge sur la scène nationaliste, Jean-Pierre Borbouse a été ciblé par Ghislain Dubois, l'un de ses ex-camarades de parti devenu l'avocat en charge de liquider la succursale belge du FN français.


La réactivation de l'asbl FNUP – FN-NF est clairement une manoeuvre provocatrice, orchestrée par Borbouse. Un pied de nez fait à la patronne du frontisme et à son avocat belge. 








Jeune Europe (JE)

Comme le FNUP – FN-NF, il s'agit d'une asbl issue du frontisme. Mais l'association sans but lucratif « Jeune Europe » est de création toute récente. Ses statuts de fondation ont effectivement été déposés au
Moniteur belge, il y a moins d'un mois. Les deux principaux fondateurs de cette toute nouvelle association politique proviennent également du FN belge d'origine. Il y a l'incontournable Jean-Pierre Borbouse, secondé ici par Salvatore Nicotra. Actuel conseiller communal à Fleurus (commune située aux environs de Charleroi), élu en 2012 sur la liste intitulée « Ligue européenne, patriotique, égalitaire et nationaliste », formant sans aucun hasard les initiales « LEPEN », ce même Nicotra avait succédé à la présidence du Front national après le départ de son président-fondateur Daniel Féret, alors en retraite politique suite à de multiples poursuites et condamnations judiciaires.

Les principaux buts de l'association Jeune Europe sont de « promouvoir l’Europe unitaire, le développement et les synergies politiques, économiques, sociales, culturelles, caritatives entre les peuples européens, de défendre les intérêts européens en Belgique et partout en Europe et de déposer des listes de candidats aux élections européenne, fédérale, régionale, provinciale et communale sous le sigle JE (Jeune Europe). »

Le nom choisi pour cette toute nouvelle asbl n'est pas le fruit du hasard. Son nom fait partie du patrimoine historique de l'extrême droite nationale et européenne. Il est directement lié à Jean Thiriart, l'un de ses principaux leaders au début des années soixante, puis le théoricien du « national-communautarisme », le nationalisme européen tendance pure et dure (à son sujet, lire l'article 3/4 de cette présente enquête de RésistanceS.be).



AGIR

Entre 1989 et 1995, AGIR, qui se présentait comme un « parti d'opposition populaire », a été actif essentiellement dans la région liégeoise, mais également ailleurs en Wallonie et aussi dans la capitale du pays. Grâce à une organisation interne efficace, un corpus idéologique identitaire clair, l'élaboration d'une propagande professionnelle, AGIR est devenu le seul réel concurrent menaçant l'hégémonie d'alors du FN belge de Daniel Féret. Ce sont des tensions entre ses dirigeants qui mettront fin à son développement pourtant prometteur (sur l'histoire d'AGIR, il faut lire l'article 4/4 de cette présente enquête de RésistanceS.be).

Pour éviter de nouvelles poursuites judiciaires, lourdes de conséquences sur le plan financier et moral, Salvatore Nicotra et deux de ses nouveaux jeunes lieutenants ont remis d’actualité le nom d'AGIR. Une réactivation permettant la poursuite du combat nationaliste. Pour en être les propriétaires légaux et protéger son appellation et son sigle, il y a près de treize jours, une asbl a été officiellement constitué et un dépôt de marque a été déposé à l'Office du Benelux de la propriété intellectuelle.

Dans ses statuts, l'asbl mentionne qu'elle a pour but « 
la gestion, l'organisation et le financement du parti politique ''AGIR'' anciennement dénommé ''Front National belge'', plus anciennement dénommé ''Front National – Nationaal front'' créé le 30 septembre 1985 par Daniel FERET [...]. L'association est la seule à pouvoir se revendiquer d'être l'héritier légale de cette formation politique. ».

La nouvelle asbl conduite par le conseiller communal Salvatore Nicotra précise encore que son objet est « 
la gestion des moyens financiers du parti ''AGIR'' conformément à la législation relative au financement et à la comptabilité ouverte des partis politiques. ». Sur le plan politique, justement, ses statuts mentionnent qu'AGIR se chargera de « la diffusion par tous les moyens légaux des idées du parti reprises dans son programme. L'association veillera à mettre en oeuvre tous les moyens afin de permettre au parti de se présenter aux élections à tous les niveaux de pouvoir et de contribuer ainsi activement à la vie politique belge et européenne. ».

Pour y parvenir, une structuration efficace du parti AGIR devrait se faire. Pour réussir cette organisation interne et éviter les zizanies endogènes du passé, il faudra sélectionner au millimètre près toutes les adhésions à venir. A ce niveau, Salvatore Nicotra excelle, comme jadis les commissaires politiques du Parti communiste sous l'ère staliniste. En 2012, lors de la cessation des activités du FN de Charles Pire, son secrétaire national, G-P.T., avait pris par opportunisme sa carte de membre à l'asbl FN belge. Avant que son président de l'époque, Salvatore Nicotra, ne décide de refuser ce transfuge.


Aux prochaines élections régionales et législatives de 2018, puis communales en 2019, le tout neuf parti AGIR apparaitra théoriquement sur les listes électorales. Une très mauvaise nouvelle pour les autres micros formations d'extrême droite (Alliance nationaliste wallonne, Parti des pensionnés, Mouvement Nation...), mais également pour ceux de l'ultra droite populiste, comme le Parti populaire de l'avocat d'affaires Mischaël Modrikamen.

La guerre des fronts nationalistes ne fait que recommencer.


MANUEL ABRAMOWICZ
Journal d'investigation RésistanceS.be






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Où sont passés les (ex) frontistes belges ?



[RésistanceS.be – Jeudi 9 mars 2017]


Enquête exclusive du journal d'investigation RésistanceS.be sur l'avenir de l'extrême droite belge francophone (2/4)





En 2012, l'un des FN belge, celui présidé d'abord par l'ex-sénateur et avocat Michel Delacroix (lié dans les années septante et quatre-vingts à la mouvance du « 
Nouvel Europe magazine », du Front de la jeunesse et de l'Amicale des anciens combattants de la SS wallonne), puis par l'ex-député régional Charles Pire (ex-Parti social chrétien), qui avait établi une convention avec le FN français, a cessé officiellement d'exister à la demande de la présidente de celui-ci.


Une poignée de ses « cadres », après un rapprochement avorté avec le Parti populaire (PP) de l'avocat d'affaires Mischaël Modrikamen, ont mis sur pied la Nouvelle Wallonie alternative (NWA), une formation des plus burlesques, donc sans aucune perspective de décollage. Toujours à l'état végétal, la NWA rassemble quelques individus agissant comme les derniers clients d'un « café du commerce ». L'un de ses fondateurs, Olivier Buys, suite à des rivalités avec d'autres chefaillons, a lancé une énième structure, « Identitaires ardennes », dont l'ambition se dispute ici encore avec les incompétences bien connues de l'extrême droite belge francophone.



Toujours actif fin 2016

De leur côté, d'autres anciens du FN de Charles Pire, qui avait scellé une alliance électorale avec le « Mouvement Nation » dirigé par l'un des ex-leaders du néonazisme belge, ont maintenu en vie une asbl frontiste essentielle : Financement du Front national (FFN).

Fondée en juillet 2011, son rôle est alors de gérer les moyens financiers du parti d'extrême droite du même nom. En novembre dernier, il y a juste quatre mois, deux membres de la direction de l'asbl FFN, Quentin d.L et Georges-Pierre T., ont démissionné de leur poste d'administrateur respectif. C'est-à-dire que cette association d'extrême droite est restée active bien après la dissolution officielle du FN de Charles Pire en 2012. Les dirigeants de l'asbl FFN pensaient, certes très naïvement, que son existence maintenue pouvait être oubliée par les spécialistes de l'extrême droite. Mais cela n'a pas été le cas, à leur détriment.


Des Belges aiment toujours Le Pen

Pour sa part, regroupant des transfuges et des alliés du FN de Charles Pire, le Mouvement Nation anime, encore à la date d'aujourd'hui, un groupe militant sur Facebook. Son nom ne peut laisser aucun doute sur son orientation politique et son objectif : « Les Belges aiment Marine Le Pen ».

Le réseau social en question reste le principal lieu de propagande et de recrutement de l'extrême droite, comme l'avait prouvé dans ses enquêtes journalistiques d'investigation RésistanceS.be. Avec ce groupe Facebook, le Mouvement Nation a pour but d'attirer vers lui les sympathisants en Belgique de la cheffe de l'extrême droite française, aussi populaire en Wallonie que dans certaines régions françaises.





Sur le Front wallon

Toujours au sujet des « anciens » combattants belges du Front, un de ses ex-députés régionaux wallons, Charles Petitjean, possède toujours de son côté le Front wallon (FW). Ce FW a officiellement repris le nom d'une asbl éphémère, fondée en mai 2013, sous le nom de « Rassemblement Bleu Marine » (RBM), identique à la structure paravent du FN français visant à l'accueil des transfuges venant d'autres milieux politiques que celui de l'extrême droite classique.

Aux élections régionales de 2014, le Front wallon avait obtenu des résultats dignes de ceux des groupuscules de la « droite nationaliste » des années quatre-vingts.




AGIR contre Agir

Dans la région liégeoise, un ex-pilier du frontisme local, Joseph Franz, dirige encore le « Parti des pensionnés » (PdP) qui tenta, à plusieurs reprises et sans succès, l'option électorale. Ce PdP est lié à diverses micros initiatives locales visant à la création d'un cartel électoral d'ultra droite unitaire impliquant l'« Alliance nationaliste wallonne » (ANW), « Agir pour la démocratie » ou « Agir Ensemble ».

Pour cette mouvance, Marine Le Pen reste « la » référence centrale. En septembre 2015, des militants d'Agir Ensemble s'étaient déplacés, jusque Bruxelles, pour assister au « colloque souveraineté » organisé par le Vlaams Belang, avec comme oratrice principale la présidente du FN français en personne.

La poursuite de l'utilisation du nom « Agir » par des ex-frontistes pourrait désormais donner lieu à des actions judiciaires enclenchées par l'asbl « AGIR », créée il y a treize jours à peine par l'un des ex-présidents du FN belge historique (voir l'article 1/4 de cette enquête exclusive de RésistanceS.be).

La guerre des clans frontistes belges est loin d’être terminée.
SIMON HARYS
Journal d'investigation
RésistanceS.be


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AGIR : le deuxième parti d'extrême droite francophone


[RésistanceS.be – Jeudi 9 mars 2017]



Enquête exclusive du journal d'investigation RésistanceS.be sur l'avenir de l'extrême droite belge francophone (3/4)



En 1989, les principaux cadres liégeois du Parti des forces nouvelles (PFN), la branche politique du Front de la jeunesse, apparu en 1974, font dissidence suite à des tensions internes sur la question de la négation des crimes de guerre et contre l'Humanité, commis par le Troisième Reich allemand durant la Seconde Guerre mondiale. La dérive antisémite du PFN est la pierre d'achoppement entre sa section liégeoise et sa section bruxelloise.



Des succès électoraux prometteurs

Les dissidents de la Cité Ardente fondent, dès lors, une nouvelle formation politique qui prendra le nom d'« AGIR ». Obligé de se présenter aux élections avec des initiales, AGIR signifie « 
Avant-garde d’initiative régionaliste ». Elle se présentera souvent comme étant un « parti d’opposition populaire » ou sous le vocable de « front wallon AGIR ».

Dans l'histoire de la « droite nationale » en Belgique francophone, c'est AGIR qui a été l’unique concurrent électoral sérieux du Front national. Comme le confirment ses scores obtenus à diverses élections : aux communales de 1994 plus de 6 % à Liège, à Herstal et à Dison ; aux européennes de la même année, plus de 7 % dans les cantons de Liège et Herstal. AGIR obtiendra plusieurs élus : huit conseillers communaux et deux conseillers provinciaux.




Des tensions internes jusqu'à l'implosion

Malgré ses bons scores électoraux prometteurs et une organisation efficace, grâce à des cadres ayant suivi auparavant des formations idéologiques sérieuses (au Front de la jeunesse, dans les colloques et séminaires du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne, le GRECE, l'organe de la « Nouvelle Droite »...), AGIR va tout de même sombrer dans des conflits internes en automne 1994. Ce qui lui coûtera, l'année suivante, son existence. En 1996, une partie de son noyau fondateur rejoint la direction du Front national de Daniel Féret. Vu la désorganisation, les dysfonctionnements et les guéguerres de clans permanentes au FN belge, ils n'y resteront qu'un court laps de temps.

A la veille des élections communales de 2000, les ex-frontistes d'AGIR, avec d'autres anciens de ses responsables, vont être à la base de la création d'un nouveau parti nationaliste, le « Bloc wallon » (BW). Un soutien important est apporté par la tendance radicale du Vlaams Blok, conduite par son chef charismatique Filip Dewinter. Mais très vite, les conflits internes, habituels dans ce milieu politique referont surface et le BW n'aura été qu'une brève aventure.



Le retour d'AGIR

Disparu définitivement du paysage politique, le parti AGIR laissera le champ libre au FN et aux autres groupuscules nationalistes d'ultra droite. Cependant, sachant que le nom de cette formation d'extrême droite pourrait encore avoir un potentiel sur le plan électoral, les derniers dirigeants du FN belge, menacés sans cesse de poursuites judiciaires par Marine Le Pen (revoir l'article 1/4 de la présente enquête), ont récupéré son nom d'origine. Pour pouvoir protéger son utilisation aux prochaines élections, ils ont même créé une asbl, il y a quelques jours, et protégé légalement son sigle (un trident tricolore), comme explicité dans le premier article de notre présente enquête exclusive sur la situation actuelle de l'extrême droite francophone.


ALEXANDRE VICK
Journal d'investigation RésistanceS.be






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Des (ex) dirigeants du FN belge relancent Jeune Europe


[RésistanceS.be – Jeudi 9 mars 2017]




Enquête exclusive du journal d'investigation RésistanceS.be sur l'avenir de l'extrême droite belge francophone (4/4)


L'asbl « Jeune Europe », fondée officiellement le 10 février de cette année par deux dirigeants du Front national belge, l'ancien député régional wallon Jean-Pierre Borbouse et le conseiller communal Salvatore Nicotra de Fleurus, fait directement référence à l'organisation politique Jeune Europe active en Belgique et dans plusieurs Etats européens de 1962 à 1969, sous la houlette de son dirigeant-fondateur, le Belge Jean Thiriart.

Celui-ci a été l'un des principaux leaders de l'extrême droite belge du début des années soixante, puis le théoricien du « national-communautarisme », un nationalisme européen tendance pure et dure. Chez les partisans acharnés de la « Nation européenne », Jean Thiriart reste de nos jours une référence, de Bruxelles à Moscou.


Collabo et colonialiste

Né en 1922 à Bruxelles, après un passage très court dans les rangs des Jeunes Gardes socialiste (trotskistes), Jean Thiriart rejoignit ensuite l'extrême droite. Durant l'occupation allemande, il prit sa carte d'adhésion à l'AGRA, les « Amis du Grand Reich allemand », un mouvement collaborationniste actif en Wallonie, en particulier dans la région liégeoise, bien connue de la famille de Thiriart. A la Libération du pays, l'adhérent de l'AGRA est condamné à trois ans de prison. A sa sortie de l'ombre, il se consacre à sa carrière professionnelle comme opticien-lunetier. Mais au début de 1960, Jean Thiriart s'engage à nouveau en politique, dans le milieu colonialiste. Il fait partie des fondateurs du Comité d’action et de défense des Belges d’Afrique (CADBA). Le CADBA change de nom très vite en Mouvement d'action civique (MAC).

Ce MAC rassemble en Belgique les partisans à la fois du Congo belge et de l'Algérie française. Dans ce cadre, il apporte un soutien logistique aux terroristes français de l'Organisation de l'armée secrète (OAS).



Contre l'Europe des Nations, la Nation européenne

En 1962, le MAC est rebaptisé en Jeune Europe et se développera également dans d'autres pays européens : en France, en Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne... A la place de l'« Europe des Nations », JE défend, dans ses thèses pensées par Thiriart, la création d'une « Nation européenne », allant de Brest à Vladivostok, soit de l'Atlantique à la frontière de la Russie avec la Chine et la Corée du Nord.

Fort d'un puissant corpus idéologique et d'une structure militante hyper organisée, renforcée par une efficace « école des cadres » (s'inspirant de l'enseignement léniniste), Jeune Europe disparait cependant en 1969. Son fondateur, se revendiquant à la fois du « nationalisme-européen » (inspiré par le fascisme italien) et du « national-communisme » (soviétique), reprendra une nouvelle retraite politique jusqu'en 1983.

Cette année-là, le Front nationaliste-nationalistische front (FNF), un petit groupuscule nationaliste-révolutionnaire électoraliste carolorégien (0,53 % aux élections communales de 1982), issu de l'extrême droite euro-belgicaine, se transforma en Parti communautaire national-européen (PCN), sous la direction de son mentor Luc Michel. Un contact est pris avec Thiriart qui participe ensuite aux premières années d'activités intenses du PCN.


Conseillers de Vladimir Poutine

En 1990, le chef-fondateur de Jeune Europe sera encore remis au goût du jour, à la une de son mensuel (notre illustration ci-contre), par le Parti des forces nouvelles (PFN), provenant du Front de la jeunesse, la plus développée des organisations d'extrême droite en Belgique francophone après Jeune Europe. Sur le plan de sa vision européenne, le PFN s'est directement inspiré des thèses de Jean Thiriart. En 1991, Forces nouvelles fusionne avec le FN belge. Un parti d'extrême droite qu'avaient déjà rejoint d'anciens militants de Jeune Europe.

Après son décès en 1992, Jean Thiriart est resté une référence du nationalisme européen, tant en Belgique qu'à l'étranger, notamment en France, en Italie et en Russie. Parmi les conseillers politiques du président Vladimir Poutine, il s'est trouvé quelques disciples du fondateur-dirigeant de Jeune Europe.


MANUEL ABRAMOWICZ

Journal d'investigation RésistanceS.be





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