mercredi 31 janvier 2018

Le Cercle Pol Vandromme au coeur des réseaux de la droite dure



[RésistanceS.be – Mercredi 31 janvier 2018 - 15h02 - Motif. 18h56]



PROJECTEUR - Depuis sa création au printemps 2016, le Cercle Pol Vandromme a organisé à Bruxelles onze conférences. Point commun de la majorité de ses orateurs : ils sont quasi tous des anciens responsables d'organisations ou de publications d'extrême droite. Focus sur ce curieux cercle, très mondain et sélect, qui reçoit ce mercredi soir, Patrick Buisson, ex-spin doctor de Nicolas Sarkozy, stratège du siphonnage de l'électorat frontiste et qui reste actuellement l'un des idéologues préféré de la droite dure
- PAR CLAUDE DEMELENNE


Le Cercle Pol Vandromme porte le nom d'un journaliste-écrivain belge (1927-2009) qui fut chroniqueur à l'hebdomadaire Pourquoi Pas, éditorialiste, rédacteur en chef puis directeur du quotidien wallon Le Rappel, de tendance social-chrétienne. Brillant critique littéraire, Pol Vandromme est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages, dont de nombreux essais consacrés à des « écrivains maudits » d'extrême droite : Louis-Ferdinand Céline, Robert Brasillach, Drieu la Rochelle, Charles Maurras.... Leur style littéraire fascinait le publiciste belge. Mais pas leurs idées politiques qui les poussèrent après mai 1940 à s'impliquer profondément dans la collaboration pronazie.


Pol Vandromme a dénoncé par exemple « la passion antisémite, horrible et démentielle » qui habitait Céline, tout en restant néanmoins lié au Bulletin célinien, un mensuel confidentiel édité à Bruxelles par un ancien collaborateur de la presse d'extrême droite belge, du Nouvel Europe magazine au journal Polémique, en passant par Forces Nouvelles.


Pour le dédouaner, les amis de Vandromme affirmeront que c'est également en amoureux du style qu'il a consacré des essais à Françoise Sagan, Michel Déon, Roger Nimier, Georges Brassens, Jacques Brel...




Quelles « idées nouvelles » ?

Sur son mur facebook, le Cercle Pol Vandromme se définit comme « un cercle franco-belge ouvrant une fenêtre sur les idées nouvelles qui commencent peu à peu à animer les débats, en France ». De quelles « idées nouvelles » s'agit-il ?

En l'absence, à ce jour, de toute publication du Cercle, deux pistes permettent de lever un coin du voile. La personnalité de son principal fondateur, d'une part. La carte de visite des conférenciers invités mensuellement, dans un grand hôtel bruxellois, par le Cercle, d'autre part. Alain Lefebvre, son cofondateur, est un homme d'affaires français qui s'est « exilé » en Belgique il y a douze ans, pour des raisons fiscales. Il édite le magazine Victor&Juliette (V&J), destiné aux Français de Belgique, à qui il prodigue notamment des conseils fiscaux.

Dans les médias, Alain Lefebvre s'exprime peu à propos du Cercle Pol Vandromme, qu'il administre avec un autre « exilé » français, Jean-François Michaud. Le 4 mars 2017, il a cependant accordé une interview au site internet « EuroLibertés ».

Rien d'étonnant : ce média en ligne relate les conférences bruxelloises de son cercle, sous la plume du journaliste d'extrême droite liégeois Lionel Baland. EuroLibertés fait donc partie du dispositif médiatique au service du Cercle Pol Vandromme Celui-ci se présente comme un site de « réinformation européenne ». Il fait partie du groupe de presse français « Libertés », qui comprend également « RadioLibertés »  et « TVLibertés ». Cette dernière a été créée en 2014 par Philippe Millau, un ancien partisan de l'ex-frontiste français Bruno Mégret, longtemps numéro deux du parti de Jean-Marie Le Pen.

Déjà objet, il y a juste dix ans, d'une enquête d'investigation du journal RésistanceS.be, le directeur d'EuroLibertés est Philippe Randa, un ancien du Front national, resté proche de cette formation. Il écrit des billets dans le magazine Présent, issu de l'ancien courant « national-catholique » du mouvement lepéniste aujourd'hui rallié au Parti de la France, une dissidence anti-mariniste du FN. Le correspondant d'EuroLibertés pour la Belgique est également une vieille connaissance de RésistanceS.be, l'ancien député régional Patrick Sessler,un cadre multipliant les aller et retour - de 1989 à nos jours - entre l'extrême droite francophone et néerlandophone : Parti des Forces nouvelles (lié au Bulletin célinien, ici déjà cité), FN belge de Daniel Féret, Vlaams Blok, FN de l'avocat Michel Delacroix et retour au Vlaams Belang pour y animer sa section bruxelloise francophone.




Alain de Benoist superstar

Dans son interview à EuroLibertés, Alain Lefebvre explique que le Cercle Pol Vandromme a pour but de « propager la pensée subversive ». Il donne la parole à des personnalités qui « ont peu d'accès aux grands médias ». Le premier invité du Cercle a été, le 18 mai 2016, le philosophe et essayiste Alain de Benoist qui fut l'idéologue de ladite « Nouvelle Droite », apparue outre-Quiévrain comme réaction conservatrice à Mai 68. Militant d'extrême droite dans sa jeunesse, Alain de Benoist est, à partir de 1969, le fer de lance du Groupement de recherche et d'études pour la Civilisation européenne (GRECE) qui vise à dédiaboliser les idées du mouvement nationaliste pro-européen, peu ou prou proche de la droite extrême.

En 2018, Alain de Benoist reste le pilier central d'Eléments, lancée en 1973, dont le sous-titre « Pour la civilisation européenne » sert de marqueur d'appartenance idéologique. Longtemps bulletin officiel du GRECE, cette revue a officiellement coupé tout lien organique avec l'extrême droite d'antan. Alain de Benoist reste un partisan du dialogue avec toutes les droites, en ce compris les plus radicales. Ainsi, lors de sa conférence, le 18 mai 2016, au Cercle Pol Vandromme, sur le thème « Les droits de l'homme en question », plusieurs cadres historiques du Vlaams Belang et de l'ex-FN belge étaient présents dans la salle, comme le dévoile l'article de RésistanceS.be du 30 mai 2016 consacré à cette conférence.

Dans son interview à EuroLibertés, Alain Lefebvre ne tarit pas d'éloges envers Alain de Benoist, soulignant que « ce qu'il dit depuis cinquante ans s'avère juste ». Le fait qu'il y a un demi-siècle, le leader incontesté du GRECE défendait ouvertement les idées de la droite extrême ne semble guère perturber le fondateur du Cercle Pol Vandromme.


Une curieuse Avant-Garde

Un mois après Alain de Benoist, le Cercle Pol Vandromme invite à sa tribune le géopolitologue Pascal Gauchon sur le thème « Demain, la guerre civile ?». Universitaire, auteur d'une vingtaine d'ouvrages, celui-ci a créé, en 2014, la revue de géopolitique Conflits. Il a abandonné toute action politique au début des années 1980, après avoir milité à l'extrême droite : il fut membre d'Ordre Nouveau (ON), à la base de la création du FN, puis, jusqu'en 1981, dirigeant du Parti des forces nouvelles, fondé après le départ d'ON du FN. Dans ses écrits, Gauchon ne témoigne plus d'aucune proximité avec l'extrême droite. Il est fréquemment interviewé par Radio Courtoisie, qui prône l'union de toutes les droites et est réputée proche de la diplomatie russe.

Le 29 septembre 2016, le Cercle Pol Vandromme met à l'honneur l'entrepreneur et homme politique français, Charles Beigbeder, qui flirtera un temps avec l'extrême droite. L'an dernier, il s'est déclaré prêt à voter Marine Le Pen, avant de se rétracter, face au tollé suscité par ses déclarations dans les milieux patronaux qu'il fréquente. Finalement, il soutiendra la candidature de François Fillon. Beigbeder a créé le mouvement « l'Avant-Garde », situé à la droite de la droite. Militent notamment dans ce mouvement, Charles Millon, ex-président de la région Rhône-Alpes qui, en 1998, avait accepté les voix du FN pour conserver son siège, et l'ex-député Christian Vanneste, exclu de l'UMP française pour ses propos visant les homosexuels. Lors des élections présidentielles de 2017, Vanneste a voté Fillon au premier tour, et Le Pen au second.

L'invité suivant du Cercle Pol Vandromme, le 23 novembre 2016, est Hervé Juvin, homme d'affaires français et auteur de plusieurs essais essentiellement dans le domaine de l'économie et de la géopolitique. Il collabore avec la revue Eléments d'Alain de Benoist, tout en étant chroniqueur à « TVLibertés » et à « Realpolitik-TV », site  de géopolitique créé en 2010 par l'ancien député européen FN Aymeric Chauprade.


Des conférenciers très typés

Le profil des sept conférenciers accueillis en 2017 par le Cercle Pol Vandromme est fort semblable. Ils sont tous extrêmement typés, appartenant à une droite très activiste : Robert Ménard a été élu maire de Béziers avec le soutien du FN (sur celui-ci lire le dossier de RésistanceS.be ici). François Bousquet, le biographe de Patrick Buisson (voir plus loin), est le rédacteur en chef-adjoint d'Eléments. Le journaliste Michel Marmin est l'une des figures historiques du GRECE. Le journaliste Eric Branca a été, jusqu'en 2016, le directeur de la rédaction du très droitier hebdo Valeurs Actuelles . L'historien africaniste Bernard Lugan fut membre de l'Action française dans sa jeunesse. Il a abandonné tout militantisme d'extrême droite. Jusqu'en 2005, il a animé une émission mensuelle sur Radio Courtoisie. Il accorde des interviews à Minute et Présent, classés à l'extrême droite. Xavier Raufer, essayiste spécialisé dans les questions de sécurité et de terrorisme, a milité dans sa jeunesse au sein du mouvement d'extrême droite « Occident ». Et fut l'orateur d'une conférence du Valais Belang, comme l'avait révélé en 2010 RésistanceS.be. L'essayiste François Rouvillois fut l'un des activistes du mouvement nationaliste « Action française ». Depuis septembre 2017, il est membre du comité éditorial de L'Incorrect, nouvelle revue « à droite toute », selon le Figaro.




Vieux fonds de marmite

Ce mercredi soir, le Cercle Pol Vandromme accueille son douzième conférencier, Patrick Buisson. Comme la plupart de ses prédécesseurs à la tribune de ce cercle sélect, Buisson a un passé très fourni à l'extrême droite (il fut l'un des boss du journal Minute).

Comme beaucoup de ses prédécesseurs, il a officiellement coupé tout lien organique avec cette dernière (notamment avec le FN, dont il fut l'un des conseillers de son président-fondateur, Jean-Marie Le Pen). Comme la plupart de ses prédécesseurs, il véhicule des idées le classant à la droite de la droite (véritable spin doctor de Nicolas Sarkozy, il est le stratège du siphonnage de l'électorat frontiste pour son compte et reste actuellement l'un des idéologues - de l'ombre - préféré de la droite « républicaine », dans sa version « pure et dure »).« Des idées nouvelles », promettait Alain Lefebvre, le fondateur du Cercle Pol Vandromme. Et s'il s'agissait, ni plus, ni moins, des vieux fonds de marmite de la droite radicale la plus classique ? Qui a fait de Bruxelles, son nouveau bastion ...


CLAUDE DEMELENNE

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